Trois machines, et une seule qui décide

Il y a des annonces qu'on prépare pendant des semaines. Celle-là s'est imposée toute seule, et le jour où j'ai voulu l'écrire, le plus dur a été de trouver la bonne façon de le dire à ceux qui suivent ce devlog depuis le début.

Lore of the Ember est né sur Atari ST. Il y est né parce que c'est la machine sur laquelle ma passion s'est enracinée, et il n'a jamais été question de la lâcher. Elle reste la version d'origine, celle que je fais tourner en premier, celle qui tranche. Mais depuis quelques semaines, le même jeu tourne aussi sur Megadrive et sur Amiga.

Je le dis dans cet ordre à dessein, parce que l'ordre est la moitié de l'histoire : l'Atari n'est pas devenu une version parmi trois. Il est resté l'étalon. Ce qui tient chez lui tient partout ailleurs, et pas l'inverse.

Pourquoi je n'y suis pas allé plus tôt

Parce que c'est une idée qui rend les projets solo malades.

Ajouter des machines quand le jeu n'est pas fini, c'est le meilleur moyen de ne finir aucune version. On passe son temps à refaire la même chose trois fois, chacune un peu moins bien, et le jeu n'avance plus. J'ai vu assez de projets mourir comme ça pour ne pas m'y jeter par enthousiasme.

Ce qui a changé, c'est que le jeu a atteint un état où la question ne se posait plus dans ce sens. Il y a des années, quand je rangeais ce vieux moteur pour la dixième fois, j'avais séparé deux choses : d'un côté le jeu, ses monstres, sa peste, ses règles ; de l'autre la partie qui parle à la machine. À l'époque, c'était juste du rangement, et honnêtement je l'avais fait pour ma tranquillité, pas pour un plan grandiose.

C'est ce rangement qui a rendu la suite possible. Le jour où j'ai voulu voir ce que le jeu donnerait ailleurs, je n'ai pas eu à le réécrire. J'ai eu à réapprendre à parler à une autre machine, ce qui est un travail énorme, mais qui ne touche pas au jeu.

Ce que ça change pour vous

Ça dépend entièrement de ce que vous avez gardé dans un carton.

Si vous avez un Atari ST, rien ne change, sinon que vous avez maintenant de la compagnie. C'est toujours la version la plus avancée des trois, et c'est toujours celle qui reçoit les nouveautés en premier. Elle tourne sur STe comme sur STf, sur un Atari d'origine, et elle s'installe aussi sur disque dur.

Si vous avez une Megadrive, vous n'aurez pas une conversion au rabais. J'ai posé une règle sur cette version-là et je m'y tiens : on ne porte pas le jeu, on l'améliore. Chaque étape se juge deux fois, est-ce fidèle au jeu, et est-ce le mieux que cette console sache faire. Refaire l'Atari trait pour trait reviendrait à payer ses contraintes sans encaisser ce que la Megadrive donne. Le premier gain se voit tout de suite : le décor n'est plus tenu aux seize couleurs de l'Atari. Même dessin, beaucoup plus riche.

Si vous avez un Amiga, c'est le plus jeune des trois chantiers, et celui qui avance le plus vite en ce moment. La cible est l'A500 d'origine, celle que presque tout le monde avait, pas une machine gonflée. Un jeu qui ne tourne que sur une configuration rare ne sert à personne.

Ce que ça ne change pas

Le monde, l'histoire, les monstres et les règles sont les mêmes partout. La peste se propage de la même façon, la lanterne fait le même travail, le second joueur arrive de la même manière. Personne n'a une version amputée, et personne n'a une exclusivité.

Et surtout : aucune version n'est bridée pour ressembler aux autres. C'était la tentation évidente, celle qui simplifie la vie, et c'est exactement celle qu'il fallait refuser. Une machine qui sait faire mieux doit faire mieux, même si sa voisine ne suit pas. Un joueur ne compare pas trois versions côte à côte, il joue sur la sienne.

Où en est chaque version

J'ai ajouté trois pages au site, une par machine, avec l'état réel de chacune : Atari ST, Megadrive, Amiga. Les barres d'avancement de la page d'accueil sont désormais séparées en trois séries, pour la même raison. Je préfère que l'écart entre les trois se voie plutôt que de laisser croire à une parité qui n'existe pas encore.

Le devlog, lui, se filtre maintenant par machine. Les articles précédents parlent tous de l'Atari, c'est normal, c'est ce qui s'est passé. Les prochains diront à chaque fois de quelle machine ils parlent.

Et la suite

Elle ne change pas non plus. Je n'ai pas ajouté deux machines pour ralentir la première : les actes suivants restent le chantier principal, sur les trois à la fois.

Une dernière chose, pour ceux qui suivent ce projet depuis le premier article. Il y a une ironie que je savoure : passer trente ans à défendre l'Atari contre l'Amiga dans les cours de récréation, et finir par écrire un jeu qui tourne sur les deux. Je n'ai pas changé de camp. J'ai juste fini par admettre que le camp d'en face avait une belle machine.